LE REPOS DU SABBAT
Jean-Daniel Zuber
Finalement, malgré les loisirs, les RTT, les vacances, etc., sait-on vraiment se reposer ? La Bible révèle la philosophie de Dieu à propos du repos, ce privilège nécessaire au bien-être de l'homme.
Compétition permanente, obsession du résultat, insécurité, volonté de puissance, disponibilité totale, voilà des données de notre temps, latentes ou concrétisées, qui nous affectent de plus en plus. Dans un tel environnement, Dieu, considéré si souvent comme « mort », ou « dépassé », ou « d'un autre âge », propose pourtant et toujours un choix ! Qu'il est donc difficile de choisir aujourd'hui, tant est désirable le « tout et tout de suite » vers lequel tout nous pousse en avant... Pourtant, la réponse à toute question, à toute préoccupation, à toute peur passe par un ou des choix. C'est la noblesse de l'humain, créé, nous dit la Bible, à l'image de Dieu, que d'avoir la capacité de choisir.
Le choix consiste à décider de s'arrêter vingt-quatre heures dans la course, de délaisser les enjeux, les menaces et les défis quotidiens pour vivre un temps différent : le temps de la pause, de la recherche de sens pour notre vie, de la relation vraie.
Le sabbat, de la chute du jour le vendredi à la chute du jour le samedi, est ce temps proposé par Dieu pour faire une pause dans le tourbillon de la vie. Cadre et conducteur d'opérations dans des entreprises de construction, toute ma vie professionnelle a été marquée par la gestion du temps.
Des repères
Construire est un acte si complexe, tant au stade des études préliminaires que de la préparation, puis de la réalisation, qu'une planification rigoureuse doit être mise en œuvre pour atteindre le but fixé.
Cela mobilise beaucoup d'énergie et de temps, un temps qui semble toujours faire défaut. Le risque est alors grand de ne plus voir que cela : l'objectif et les moyens pour l'atteindre, l'entreprise et ses nombreuses exigences; mais aussi d'épuiser ses réserves de vie ! Un jour arrive où l'on se demande : Où tout cela nous mène-t-il, quel en est le sens ?
La pratique m'a appris qu'il n'y a pas de bonne gestion du temps sans « marges », sans de brèves périodes sans affectation précise, dispositif permettant, soit d'absorber des retards, soit de corriger des mesures inappropriées, soit d'assurer une transition correcte entre des phases différentes. Il s'agit de préserver une souplesse favorable à un déroulement cohérent, en même temps que de se donner du recul par rapport au cours des choses.
C'est alors que le temps auquel Dieu invite prend à mes yeux le poids d'une « marge » essentielle pour nos vies : je m'en suis saisi avec bonheur et le plus grand profit depuis bien des années maintenant ! Il est remarquable que le rythme de sept jours soit aussi adapté au biorythme de l'être humain; un rythme prenant sa source dans l'univers dont nous faisons partie, dont nous sommes solidaires.
Pour tout être humain, les alternances de temps entre activité et repos, production et réflexion, bilan du passé et perspective d'avenir, poursuite d'objectifs et ouverture à ce qui est présent, mobilisation et abandon, contrainte et liberté, vie individuelle et vie sociale sont indispensables pour un équilibre de vie.
Du sens
Si notre société est brillante en matière de production matérielle, elle apparaît très pauvre au plan des richesses intérieures. Égoïsme, vanité, cupidité débouchent si souvent sur la solitude, portent une atteinte terrible à la qualité de vie individuelle autant que sociale.
La pratique du sabbat m'est vite apparue comme une réponse « divine » à ces questions. Commencer le sabbat en fin de journée le vendredi est déjà significatif. En « posant son sac », un temps d'écoute commence ! On va être attentif à ceux, membres de la famille, amis, qui sont autour de nous, de façon plus marquée, plus profonde qu'en temps ordinaire. Ce temps sera d'autant plus fort si on exprime d'une façon ou d'une autre sa confiance en un Dieu d'amour et qu'on la partage autour de soi. Survient alors un « abandon » de sujétions, de préoccupations, juste avant la nuit, ce temps si potentiellement fécond en prises de conscience autant qu'en repos réparateur.
Le lendemain, orienté vers « autre chose », vers le Tout Autre, va permettre une recherche individuelle et collective de la transcendance. Par le partage de la Parole de Dieu, par le culte, les uns et les autres vont s'encourager pour découvrir le sens de la vie, de la sienne propre comme de celle de la communauté de foi.
On va chercher ensemble à s'ouvrir à des dimensions qui nous dépassent, nous qui sommes à la fois si prétentieux dans nos réalisations et si vulnérables face à l'immensité du monde. On va rechercher une vision porteuse d'énergie, de réconfort, de solidarité. C'est alors que cette vision pourra s'étendre à tous ceux qui composent notre environnement : amis, voisins, collègues et concitoyens.
Le « métro-boulot-dodo » des uns, la frénésie de conquête, de production, de jouissance des autres, vont se trouver ainsi dépassés, limités dans leurs effets réducteurs. Des forces nouvelles sont reçues qui vont permettre d'aborder en confiance une nouvelle semaine, avec une vision des choses renouvelée.
Oui, la pratique concrète et régulière du sabbat a été d'une grande valeur dans ma vie. Lui donner une priorité n'est pas sans risques ni sacrifices, en matière professionnelle en particulier. Il m'a fallu renoncer à me rendre à certaines rencontres professionnelles qui ouvraient la voie à des « promotions ». Mais lorsque je regarde en arrière, le préjudice est faible par rapport aux bienfaits reçus et vécus.
Le sabbat, repos de l'homme ! Un repos qui n'est pas inaction, laisser-aller, mais changement de rythme, parenthèse éclairante, réintégration de soi et des autres dans un ensemble plus vaste et plus noble, plus riche et plus généreux. Indispensable sabbat qui redonne à l'homme la totalité de ses dimensions voulues par son Créateur!